AMENAGEMENT CÔTIER ET EVOLUTION DES LITTORAUX

 

Les pressions multiples qu’exerce l’occupation humaine sur le littoral constituent un fait généralisé dans presque tout les pays du monde. Le Maroc n’échappe pas à cette évolution mais en comparaison avec les pays européens, son cas présente une forte inquiétude. En effet, contrairement aux pays voisins d’Europe occidentale, les littoraux sont restés longtemps sous-occupés pour diverses raisons. Le basculement de toutes les forces vives du pays de l’intérieur vers les rivages, surtout ceux de l’atlantique, se poursuit de nos jours à un rythme soutenu. Or, face à ce déséquilibre croissant, et à cette pression continue, le littoral marocain représente un milieu physique instable qui ne fait pas l’objet, en tant qu’écosystème à l’équilibre fragile, de mesures de protection, ni d’aménagement spécifique.

A- Le littoral Marocain

Le littoral marocain représente un environnement fragile. Dans de nombreux secteurs, il est constitué de falaises modelées dans des roches tendres ou faiblement cimentées. Les risques de rupture sont évidemment très grands. Les secteurs de plage sont immédiatement dominés par les falaises mortes inaptes à fournir le stock nécessaire à l’engraissement côtier.

Cette fragilité du milieu littoral s’explique aussi par l’exploitation abusive et la suroccupation.

Le littoral représente en effet une ressource précieuse, mais limité parce qu’il correspond à une zone étroite zone de contact entre le domaine continental et le monde sous marin. Toute occupation abusive aboutit donc à la consommation définitive de cette ressource, sans possibilité de reproduction. Par contre l’exploitation rationnelle et légère permet à cet espace de se perpétuer sans perdre de sa qualité.

Le littoral est un milieu fragile, en équilibre instable. La menace d’une  rupture de cet équilibre est donc permanganate. L’équilibre métastable entre des facteurs multiple interférant les uns sur les autres peut se transformer alors en situation de déséquilibre totale, à la suite d’une intervention même légère sur l’un des facteurs. A la place de la dynamique originelle stable, s’installe alors une dynamique d’instabilité, en perpétuel changement ; l’équilibre peut se réinstaller à nouveau, mais la phase d’instabilité peut être plus ou moins longue et plus ou moins mutilante ; parfois elle peut avoir des conséquences très grave sur la ressource que représente le littoral et annihiler toute.

C’est  le cas des plages ou d’importants investissements ont été consentis pour la promotion touristique et balnéaire. L’ablation du sable de la plage suivie par l’affleurement d’écueils rocheux ou l’attaque directe des constructions édifiées sur le haut de plages constituent des cas de dégradation difficilement réversible.

Dans les ports, le risque d’ensablement et non moins dangereux parce qu’il entraîne la réduction de la capacité d’accueil et à l’inverse l’augmentation des frais de maintien et d’exploitation.

La dynamique littorale est basée sur le système d’échange continu entre les terres émergées et le milieu marin, cet échange se faisant dans les deux sens. Les continents fournissent à la mer de l’eau et des matériaux sous différentes formes (solutions, et particules grossières ou en suspension). L’énergie des eaux marines prélève en plus de ces apports, des matériaux sont redistribués vers la mer, ou repoussés sur le littoral. Par fois repris par le vent et amenés plus loin à l’intérieur. A un moment donné s’établit entre ces divers processus un certain bilan qui représente la morphodynamique particulière à ce stade de l’évolution du littoral. Deux types de tendances peuvent être distingués : une tendance à l’érosion littorale par recule du trait de côte, ou au contraire une tendance à l’engraissement sous l’effet de l’accumulation des matériaux de progradation sur le littoral. Les exemples relevés, le long du littoral marocain, le recule de la côte et l’ablation du sable des plages semblent être plus fréquents même si les cas d’ensablement ne sont pas rares.

Par ailleurs la ligne de rivage s’établit selon un tracé particulier en fonction de la dynamique en cours. Chaque portion du littoral est dépendante des secteurs environnants parce que la côte est le lieu d’échanges latéraux importants de matériaux véhiculés par les courants côtier et notamment la dérive littorale f Fig 1. La tendance générale est souvent une tendance de régularisation par entraînement issus d’un point donné vers des zones dont les fournitures sont moindres. Dans les situations stables, la redistribution est réalisée selon un billon conservant à chaque secteur un « budget » équilibré. Toute modification des échanges aboutit à des perturbations dans l’équilibre local et l’apparition de phénomènes d’instabilité.

 

Figure 1 : Interactions entre les principaux agents de la morphogenèse côtière (Bérengère, 2001)

 

B-  La dégradation des rivages

Deux causes peuvent intervenir pour transformer la tendance globale de l’évolution des côtes. Les causes naturelles, ou les causes anthropiques qui viennent en premier lieu.
Les causes anthropiques de la dégradation des rivages sont plus nombreuses; leur menace est en réalité plus immédiate et leurs effets plus rapidement enregistrés.

L’homme intervient d’abord en modifiant les échanges transversaux entre la terre émergée et l’océan. La mise en place des barrages- réservoirs sur les grands fleuves a favorisé la rétention d’une grosse part des sédiments qui normalement atteignaient la mer. Les barrages retiennent surtout la charge de fond des rivières. Une partie des matériaux fins en suspension n’interviennent pas que dans le bilan sédimentaire littoral fig 2, ils sont entraînés vers le large et ne se déposent que dans les milieux de faible agitation. La localisation des barrages joue un rôle fondamental ; en effet plus la retenue est proche du trait de côte, plus le déficit côtier en matériaux de provenance fluviatile est accusé.

 

Figure 2 :

- A : Ajustement des sédiments sur un profil concave par l'équilibre des points nodaux (Short, 1999)    
- B : Profils de beau temps et profil de mauvais temps (Komar, 1998)

 

L’homme transforme aussi cet échange transversal en agissant directement sur le milieu côtier, notamment en consolidant les matériaux susceptibles de fournir à l’érosion marine les sédiments équilibrant le budget littoral. La construction de routes en corniche sur le haut de plage et l’urbanisation de la dune bordière ou même de la plage elle-même, empêchant la mer de prélever sur ces milieux en cas de tempête les matériaux susceptibles d’alimenter le bas de plage. L’action marine se concentre alors sur la plage elle-même, la faisant reculer ou du moins en transformant la composition granulométrique, par prélèvement des sables fins et concentration en sables grossiers.

L’appauvrissement des côtes peut être plus directement encore exagéré par l’homme, partout où des sables sont prélevés dans les plages ou les dunes bordières. Les sables côtiers sont souvent bien triés et constituent pour cela d’excellents matériaux de construction. La rareté de ce matériel et son prix élevé ont souvent conduit à leur prélèvement illégal dans le domaine côtier, c'est-à-dire dans le domaine public.
Ce prélèvement qu’il soit illégale ou autorisé, il se fait toujours au détriment de la stabilité du rivage puisqu’il réduit le stock en place, susceptible de fournir des sédiments lors des tempêtes. Il contribue donc à exagérer l’action érosive de la houle et des courants côtiers à cause de la réduction du potentiel sédimentaire capable de maintenir l’équilibre.

 

C- La récupération des littoraux

L’érosion des littoraux ne se présente pas seulement comme un problème de nature environnementale (perte d’un paysage naturel) ou de risque naturel (destruction des structures et des habitations côtières) mais aussi comme un problème économique (perte de la ressource plage utilisée à des fins touristiques).
Dans des nombreuses régions, le patrimoine naturel côtier représente un élément essentiel des potentialités de développement. Les aménagements résidentiels, commerciaux et touristiques rivalisent avec un espace côtier toujours plus mince, en menaçant son équilibre naturel. Pour s’opposer à cette phénoménologie, il est nécessaire de reconstruire et entretenir les littoraux avec des grandes quantités de sable de bonne qualité apportées artificiellement, le choix obligé de cette stratégie passe par l’utilisation des carrières sous-marines (Sable de Dragage).

Les projets de récupération des littoraux passent par les projets de remblayage de plage, généralement par la construction de l’un ou des éléments suivant : risberme, dune, plage nourricière, risberme côtière, stabilisation dunaire (au moyen de barrières de sable ou de végétation) ou stabilisation structurelle fig 3 (épis).  

 

  Fig 3 : Utilisation d’épis afin d’améliorer les projets de remblayage de plage

 

 

SANA HICHOUR